Quoi de neuf en dermatologie pédiatrique ?

Alice Phan - le samedi 07 décembre 2019

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Arrivée des biothérapies chez l’enfant
Le dupilumab, anticorps (Ac) monoclonal recombinant humain ciblant l’IL-4 et l’IL-13, a obtenu en août 2019 une extension d’AMM en Europe dans la DA modérée à sévère non contrôlée par les traitements topiques chez les adolescents à partir de 12 ans. Les résultats d’un essai de phase III chez des enfants de 6 à 11 ans ne sont pas encore publiés mais sont annoncés positifs par le laboratoire. Par ailleurs, les cytokines Th2 favorisant l’adhésion et la croissance du SD, ces biothérapies pourraient diminuer la colonisation chez les enfants avec une DA chez qui la résistance du SD à l’acide fusidique est plus fréquente que chez des enfants sans DA en Grande-Bretagne et en Irlande, possiblement secondaire à une utilisation plus fréquente chez ces patients [1].
[1] Harkins CP, McAleer MA, Bennett D, McHugh M, Fleury OM, Pettigrew KA, et al. The widespread use of topical antimicrobials enriches for resistance in Staphylococcus aureus isolated from patients with atopic dermatitis. Br J Dermatol 2018;179:951-8. 

Facteurs associés à la persistance de la DA dans l’enfance
Une revue systématique identifie comme facteurs de risque de persistance de la DA et d’association à d’autres manifestations atopiques : un début précoce, la sévérité de la DA, des antécédents familiaux d’atopie, la présence de mutations de la filaggrine, le milieu urbain et la polysensibilisation [1]. 
Dans une étude prospective danoise ayant suivi 411 enfants nés de mères asthmatiques, vus jusqu’à l’âge de 7 ans et revus à 13 ans, le diagnostic de DA a été posé dans 45 % des cas avec un pic de prévalence à l’âge de 2 ans, les facteurs de risque étant les antécédents de DA chez la mère, ou d’asthme et de rhinite allergique chez le père. Les facteurs associés à la persistance de la DA observée chez 24% d’entre eux à l’âge de 13 ans, étaient l’asthme et DA chez le père (et non chez la mère, biais lié au critère d’inclusion), présence de mutations de la filaggrine et autres variants de susceptibilité génétique pour la DA (plus le score génétique était élevé, plus le risque et la durée de persistance de DA étaient augmentés), le haut niveau socio-économique (score basé sur les revenus du foyer, l’âge maternel, le niveau d’études) à l’âge de 2 ans et la sévérité de la DA au diagnostic. La présence d’un asthme ou d’une bronchite asthmatiforme allergique dans la petite enfance n’était pas associée à la persistance de la DA [2]. 
[1] Irvine AD, Mina-Osorio P. Disease trajectories in childhood atopic dermatitis: an update and practitioner’s guide. Br J Dermatol 2019;181:895-906. 
[2] Thorsteinsdottir S, Stokholm J, Thyssen JP, Norgaard S, Thorsen J, Chawes BL, et al. Genetic, Clinical, and Environmental Factors Associated With Persistent Atopic Dermatitis in Childhood. JAMA Dermatol 2019;155:50-7. 

Certains antigènes du staphylocoque doré pourraient renforcer la barrière cutanée

En 2017, un étude avait montré que la colonisation cutanée précoce par staphylocoque doré (SD) était un facteur important de survenue de dermatite atopique (DA) du nourrisson. À partir d’une cohorte de nouveau-nés (NN), des auteurs suédois ne trouvent pas de différence de prévalence de colonisation à SD, mais cette fois-ci fécale, entre les NN qui vont développer une DA et ceux qui vont rester indemnes. Par contre, les NN qui ne vont pas développer de DA avaient une colonisation fécale par un sous-type de SD différent exprimant les gènes Enterotoxin Gene Cluster (EGC) et Elastin Binding Protein (EBP). Ces mêmes auteurs confirment ces données dans une étude publiée en 2019 comprenant également des prélèvements nasaux. Ces superantigènes réduiraient le risque de DA en stimulant le système immunitaire et induisant la synthèse d’interleukine 17 (IL-17) par les lymphocytes T mémoire, renforçant ainsi la barrière cutanée. 
Nowrouzian FL, Ljung A, Nilsson S, Hesselmar B, Adlerberth I, Wold AE. Neonatal gut colonization by Staphylococcus aureus strains with certain adhesins and superantigens is negatively associated with subsequent development of atopic eczema. Br J Dermatol 2019;180:1481-8.

Nævus congénitaux : existe-t-il une corrélation génotype-phénotype ? 

À partir d’une cohorte de 134 patients, les auteurs confirment la prépondérance des mutations somatiques de NRAS touchant le codon 61 (68 % des cas) dans les nævus congénitaux, avec une fréquence plus élevée dans les nævus > 60 cm. Les mutations somatiques de BRAF, plus rares (7 %), étaient fréquemment associées à un phénotype multinodulaire, avec des caractéristiques histologiques distinctes. Ces mutations BRAF et NRAS étaient mutuel- lement exclusives. Il n’y avait pas de corrélation entre génotype et anomalies à l’IRM cérébrale, ni entre génotype et survenue de mélanome, mais le nombre de cas et le suivi étaient limités [1]. Bien que les mutations NRAS soient prépondérantes, les nævus congénitaux grands/géants (NCG) sont hétérogènes et peuvent comporter d’autres altérations moléculaires [2]. 

1] Polubothu S, McGuire N, Al-Olabi L, Baird W, Bulstrode N, Chalker J, et al. Does the gene matter? Genotype-phenotype and genotype-outcome associations in congenital melanocytic naevi. Br J Dermatol 2019. May 21. doi: 10.1111/bjd.18106. [Epub ahead of print] 

[2] Martins da Silva V, Martinez-Barrios E, Tell-Marti G, Dabad M, Carrera C, Aguilera P, et al. Genetic Abnormalities in Large to Giant Congenital Nevi: Beyond NRAS Mutations. J Invest Dermatol 2019;139:900-8. 

Vitiligo - Meilleure réponse des enfants aux inhibiteurs topiques de la calcineurine en monothérapie 

Une méta-analyse évalue la réponse aux inhibiteurs topiques de la calcineurine en monothérapie et en association avec la photothérapie. Chez les enfants, en monothérapie, une repigmentation ≥ 25 % est obtenue dans 66,4 % des cas, et une repigmentation ≥ 75 % dans 31,7 % des cas. Les taux de réponse étaient meilleurs dans la population pédiatrique et sur l’extrémité céphalique, possiblement grâce à une densité de follicules pileux, réservoirs de mélanocytes, plus élevée [21]. 

Lee JH, Kwon HS, Jung HM, Lee H, Kim GM, Yim HW, et al. Treatment Outcomes of Topical Calcineurin Inhibitor Therapy for Patients With Vitiligo: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Dermatol 2019. Aug 10. pii: S0190-9622(19)32566-6. 

Retrouvez en ligne le supplément « Quoi de neuf en 2019 ? » des Annales de Dermatologie et de Vénérologie : https://quoideneufen2019.elsevierresource.com

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