Quoi de neuf en dermatologie interventionnelle ?

Thierry Fusade - le samedi 07 décembre 2019

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La grossesse est-elle une contre-indication aux traitements par laser ? 
Une revue systématique de l’ensemble des publications éditées entre 1960 et 2017 a permis de faire un état des lieux sur le réel retentissement des actes lasers pratiqués pendant la grossesse, qui reste pour beaucoup une contre-indication à leur pratique. Un total de 380 patientes, issues de 22 études, ayant subi un traitement par laser durant leur grossesse pour lithiases urinaires, condylomes, carcinomes in situ du col, cicatrices de brûlures, maladie de Buschke Lowenstein et acné a ainsi pu être analysé. Aucun cas d’avortement spontané, de malformation fœtale, d’accouchement prématuré n’a été rapporté en lien avec le traitement par laser. Une rupture prématurée de la poche des eaux à 35 semaines a été rapportée sans relation évidente avec le traitement effectué par laser CO2 réalisé 4 jours plus tôt sur des condylomes. 

En conclusion, les traitements par laser peuvent être raisonnablement proposés durant la grossesse sans prise de risque compte-tenu des millions de procédures effectuées chaque année, dont certaines chez des femmes à la grossesse inconnue au moment de l’acte, la priorité devant être donnée toutefois aux actes médicaux plus qu’aux actes esthétiques facilement différables. 

 La grossesse est-elle une contre- indication aux traitements par laser ? Wilkerson EC, Van Acker MM, Bloom BS, Goldberg DJ. Utilization of laser therapy during pregnancy : a systematic review of the maternal and fetal effects reported from 1960 to 2017. Dermatol Surg 2019;45:818-28. 

Peut-on prévenir par aspiration préalable les nécroses survenant lors d’injections d’acide hyaluronique (AH) à des fins esthétiques ? 

L’injection intravasculaire d’acide hyaluronique (AH) peut conduire à des nécroses cutanées. Pour prévenir ce risque, il est conseillé d’aspirer avant injection. Mais ce conseil est-il pertinent compte-tenu des spécificités rhéologiques propres à chaque gels d’AH ? Dix seringues (1 à 1,2 mL) de 3 fabricants différents (Allergan, Galderma, Merz) ont été testées sur des tubes à prélèvement rempli d’un échantillon sanguin, en appliquant une dépression de 0,2 et de 0,5 ml en tirant sur le piston.  L’augmentation du temps nécessaire au reflux sanguin (TR) est significativement corrélée avec l’augmentation des concentrations, l’élasticité et la réticulation des AH mais pas avec leur viscosité. Pour la plupart des AH, le TR est inférieur à 10 secondes pour 0,2 ou 0,5 mL de rétroaspiration. Mais pour 4/10 produits, le TR pour 0,2 mL est supérieur à 10 secondes avec des tubes à prélèvement à pression ambiante. A priori, les pressions sanguines artérielles ou veineuses devraient donner des TR plus courts. Les auteurs concluent à la nécessité de la pratique de la rétroaspiration. Toutefois, maintenir une aspiration de plus de 10 secondes pour chaque injection semble difficile en pratique. De surcroît, il est vraisemblable que tous les épisodes ischémiques durant ce type de procédure ne soient pas liés à une embolie intravasculaire. 

Par conséquent, il vaut mieux limiter l’usage de l’aiguille au profit des canules dans des zones à risque ou les utiliser très superficiellement. 

Peut-on prévenir par aspiration préalable les nécroses survenant lors d’injections d’AH à des fins esthétiques ? 
Torbeck RL, Schwarcz R, Hazan E, Wang JV, Farberg AS, Khorasani H. In Vitro evaluation of preinjection aspiration for hyaluronic fillers as a safety checkpoint. Dermatol Surg 2019;45:954-8.

 

L’utilisation de l’acide tranexamique en préopératoire diminue significativement les saignements dans les chirurgies cutanées

L’acide tranexamique (AT), connu pour son activité antifibrinolytique, est très utilisé en per- ou postopératoire en chirurgie viscérale pour diminuer les saignements. Un total de 130 patients bénéficiant d’une chirurgie de Mohs sur des cancers cutanés de la tête et du cou ont reçu quinze minutes avant la chirurgie, une injection d’une solution de 1 % lidocaïne et de 50 mg/mL d’AT ou une quantité équivalente de sérum physiologique pour le groupe témoin. Les résultats montrent que bien que la taille des plaies pour le groupe AT soit aléatoirement plus large que celle du groupe anesthésie seule, il n’existe pas de différence de taille de diffusion du sang dans la compresse entre les 2 groupes. Le rapport diffusion/plaie est significativement plus petit dans le groupe AT que dans le groupe sans AT (< 0,001) de même que l’évaluation du saignement par le chirurgien qui apparaît significativement diminuée (< 0,043) pour le groupe AT. 
En conclusion, l’injection sous cutanée d’AT réduit le saignement pendant et probablement après l’intervention, et ce, de façon encore plus nette lorsque les patients sont sous traitement anticoagulant. Cette pratique devrait permettre d’augmenter la sécurité des interventions cutanées lorsque les anticoagulants ne peuvent être suspendus (aspirine, clopidogrel, apixaban, enoxaparine, rivaroxaban). 
L’utilisation de l’acide tranexamique en préopératoire diminue significativement les saignements dans les chirurgies cutanées 
Zilinsky I, Barazani TB, Visentin D, Ahuja K, Martinowitz U, Haik J. Subcutaneous injection of Tranexamic Acid to reduce bleeding during dermatologic surgery: a double-blind, pla- cebo controlled, randomized clinical trial. Dermatol Surg. 2019;45:759-67. 

 

Retrouvez en ligne le supplément « Quoi de neuf en 2019 ? » des Annales de Dermatologie et de Vénérologie : https://quoideneufen2019.elsevierresource.com


 

 

 

 

 

 

 

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