Quoi de neuf en dermatologie clinique ?

S. Ingen-Housz-Oro - le samedi 07 décembre 2019

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Le lourd impact psychologique de la dermatite atopique
L’impact psychologique de la DA est important : dépression, anxiété, voire idées suicidaires, corrélées à la gravité de la DA, mais parfois sous-diagnostiquées [1,2], impact sur la famille (exemple : troubles du sommeil, épuisement et dépression des mères) [3]. La qualité de vie est altérée, notamment dans la DA sévère [4], tout comme la vie sexuelle [5]. Les dépenses non remboursées sont élevées (cosmétiques, émollients, écrans solaires, vêtements, etc.) [6].
 
[1] Patel KR, Immaneni S, Singam V, Rastogi S, Silverberg JI. Association between atopic dermatitis, depression, and sui- cidal ideation: A systematic review and meta‐analysis. J Am Acad Dermatol 2019;80:402-10. 
[2] Silverberg JI, Gelfand JM, Margolis DJ, Boguniewicz M, Fonacier L, Grayson MH, et al. Symptoms and diagnosis of anxiety and depression in atopic dermatitis in U.S. adults. Br J Dermatol 2019;181:554-65. 
[3] Ramirez FD, Chen S, Langan SM, Prather AA, McCulloch CE, Kidd SA, et al. Assessment of Sleep Disturbances and Exhaustion in Mothers of Children With Atopic Dermatitis. JAMA Dermatol 2019. doi:10.1001/jamadermatol.2018.5641. 
[4] MiseryL,SeneschalJ,ReguiaiZ,MerhandS,HéasS,HuetF,et al. Patient Burden is Associated with Alterations in Quality of Life in Adult Patients with Atopic Dermatitis: Results from the ECLA Study. Acta Derm Venereol 2018;98:713‐4. 
[5] Misery L, Seneschal J, Reguiai Z, Merhand S, Héas S, Huet F, et al. The impact of atopic dermatitis on sexual health. J Eur Acad Dermatol Venereol JEADV 2019;33:428-32. 
[6] LaunoisR,EzzedineK,CaboutE,ReguaiZ,MerrhandS,HeasS, et al. Importance of out-of-pocket costs for adult patients with atopic dermatitis in France. J Eur Acad Dermatol Venereol JEADV 2019. doi:10.1111/jdv.15581.  

Les huiles essentielles pas si neutres au plan cutané 
Une enquête chez 282 personnes a révélé que 47 % utilisent des huiles essentielles en application directe, sous formes variées (émollients, savons, parfums) et 54 % utilisent des diffuseurs. Les vertus supposées sont multiples : problèmes cutanés, musculosquelettiques, respiratoires, émotionnels. Des effets indésirables sont rapportés par 10 % des utilisateurs. 

Goodier MC, Zhang AJ, Nikle AB, Hylwa SA, Goldfarb NI, Warshaw EM. Use of essential oils: A general population sur- vey. Contact Dermatitis 2019;80:391‐3.

Streptocoques et virus respiratoires impliqués dans les poussées de psoriasis
Des poussées de psoriasis peuvent être induites par le streptocoque, mais aussi par des virus respiratoires. Elles surviennent dans les 48 heures après le début de l’infection, peuvent être graves, avec modification phénotypique du psoriasis, nécessiter une hospitalisation voire une modification du traitement de fond. 

Sbidian E, Madrange M, Viguier M, Salmona M, Duchatelet S, Hovnanian A, et al. Respiratory virus infection triggers acute psoriasis flares across different clinical subtypes and gene- tic backgrounds. 
Br J Dermatol 2019. doi:10.1111/bjd.18203. 
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Lien entre psoriasis et MICI (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin)
Les études précisant l’association psoriasis-maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) se multiplient. Un registre danois note que 1 % des psoriasis ont une MICI, les femmes, plutôt une maladie de Crohn, les hommes, une rectocolite hémorragique. Le risque n’est pas augmenté par les anti-TNF ou l’ustékinumab (à la différence des anti‐IL‐17) [1]. Une méta‐analyse confirme cette association (OR = 1,7) et le surrisque (×2) de développer une MICI quand on a un psoriasis [2]. 

[1] Egeberg A, Thyssen JP, Burisch J, Colombel J‐F. Incidence and Risk of Inflammatory Bowel Disease in Patients with Psoriasis‐A Nationwide 20‐Year Cohort Study. J Invest Dermatol 2019;139:316-23. 
[2] Fu Y, Lee C‐H, Chi C‐C. Association of Psoriasis With Inflammatory Bowel Disease: A Systematic Review and Meta‐ analysis. JAMA Dermatol 2018;154:1417‐23. 
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Rougeole, couverture vaccinale insuffisante en France
La rougeole est actuellement épidémique. La déclaration des cas est obligatoire. En France, près de 10 % des 18-32 ans sont insuffisamment vaccinés, représentant potentiellement un million de cas [1-3].

[1] Strebel PM, Orenstein WA. Measles. N Engl J Med 2019;381:349‐57. 
[2] Sarkar S, Zlojutro A, Khan K, Gardner L. Measles resurgence in the USA: how international travel compounds vaccine resistance. 
Lancet Infect Dis 2019;19:684-6.
[3] Antona D, Morel P, Jacquot C, Fonteneau L, Dina J, Vauloup- Fellous C, et al. 
Measles and rubella seroprevalence in a popu- lation of young adult blood donors, France 2013. Epidemiol Infect 2019;147:e109

Le syndrome pieds-mains-bouche peut être grave
Des formes graves de syndrome pieds‐mains‐bouche ont été décrites, avec séquelles à long terme (valvulopathie, arthromyalgies, auto‐immunité).

Broccolo F, Drago F, Ciccarese G, Genoni A, Porro A, Parodi A, et al. Possible long-term sequelae in hand, foot, and mouth disease caused by Coxsackievirus A6. J Am Acad Dermatol 2019;80:804-6. 

Importance de la prévention secondaire dans l’érysipèle
Après un érysipèle, 10 % des patients sont réhospitalisés dans les 30 jours. La cause n° 1 est une récidive d’érysipèle, soulignant l’importance de la prévention secondaire. Les patients se disent sous-informés mais motivés pour une éducation thérapeutique. Les mesures préventives les moins acceptées sont la compression veineuse et l’antibioprophylaxie.

Teasdale EJ, Lalonde A, Muller I, Chalmers J, Smart P, Hooper J, et al. Patients’ understanding of cellulitis and views about how best to prevent recurrent episodes: mixed‐methods study in primary and secondary care. Br J Dermatol 2019;180:810‐20. 

La gale sévit dans les maisons de retraite
La gale est responsable de nombreuses épidémies en maisons de retraite, avec clinique parfois trompeuse chez les sujets âgés. Elle impose un traitement de la collectivité qui peut s’avérer toutefois difficile [1,2].

[1] Petit A, Bourrat E, Dehen L, Dupuy A. Scabies outbreaks in care homes for the elderly. Lancet Infect Dis 2018;18:1310. 
[2] Walker SL, Middleton J, Cassell JA. Scabies outbreaks in care homes for the elderly ‐ Authors’ reply. Lancet Infect Dis 2019;19:26-7. 

Nécrolyse épidermique (Stevens-Johnson/Lyell) 

Plusieurs travaux français ont été publiés pour en préciser l’incidence (6 cas/million en France) [1], les formes non médicamenteuses (15 % des cas) [2], les atteintes digestives [3], les séquelles oculaires (d’autant plus graves que l’atteinte initiale était sévère et chez les phototypes foncés) [4,5] et psychologiques (23 % de stress post‐traumatique à 6 mois de la phase aiguë) [6]. L’impact de la maladie à long terme est majeur et la qualité de vie est altérée [7]. 

Les complications septiques sont fréquentes et graves. La procalcitonine pourrait en être un bon marqueur biologique [8]. Les cartes bactériennes sont d’une aide précieuse à la prédiction des germes impliqués dans les bactériémies [9].

La mortalité a tendance à diminuer avec le temps, sans doute par optimisation des soins de support et d’autant plus que les patients sont adressés en centre expert [10,11].

Des toxidermies graves ont été décrites par erreur de délivrance de médicaments avec homonymie de nom (Lamisil®-Lamictal® notamment) [12].

  1. Chaby G, Maldini C, Haddad C, Lebrun‐Vignes B, Hemery F, Ingen‐Housz‐Oro S, et al. Incidence of and mortality from epidermal necrolysis (Stevens‐Johnson syndrome/toxic epi- dermal necrolysis) in France during 2003‐2016: a four‐source capture-recapture estimate. Br J Dermatol 2019. doi:10.1111/ bjd.18424. 
  2. Chaby G, Ingen‐Housz‐Oro S, De Prost N, Wolkenstein P, Chosidow O, Fardet L. Idiopathic Stevens‐Johnson syndrome and toxic epidermal necrolysis: Prevalence and patients’ cha- racteristics. J Am Acad Dermatol 2019;80:1453-5. 
  3. Gendreau S, Amiot A, Le Baleur Y, Charpy C, Wolkenstein P, Chosidow O, et al. Gastrointestinal involvement in Stevens‐Johnson syndrome and toxic epidermal necrolysis: a retrospective case series. Br J Dermatol 2019;180:1234-5. 
  4. Thorel D, Delcampe A, Ingen-Housz-Oro S, Hajj C, Gabison E, Chosidow O, et al. Dark skin phototype is associated with more severe ocular complications of Stevens‐Johnson syndrome and toxic epidermal necrolysis. Br J Dermatol 2019. doi:10.1111/ bjd.17627.
  5. Hajj C, Ezzedine K, Thorel D, Delcampe A, Royer G, Hua C, et al. Disabling ocular sequelae of epidermal necrolysis: risk factors during the acute phase and associated sequelae. Br J Dermatol 2019. doi:10.1111/bjd.18023. 
  6. Hefez L, Zaghbib K, Sbidian E, Valeyrie‐Allanore L, Allain M, Duong TA, et al. Post-traumatic stress disorder in Stevens- Johnson syndrome and toxic epidermal necrolysis: preva- lence and risk factors. A prospective study of 31 patients. Br J Dermatol 2018. doi:10.1111/bjd.17267. 
  7. Ingen‐Housz‐Oro S, Alves A, Colin A, Ouedraogo R, Layese R, Canoui‐Poitrine F, et al. Health‐related quality of life and long‐ term sequelae in epidermal necrolysis survivors: an observa- tional study of 57 patients. Br J Dermatol 2019. doi:10.1111/ bjd.18387. 
  8. Koh HK, Chai ZT, Tay HW, Fook‐Chong S, Choo KJ, Oh CC, et al. Risk Factors and Diagnostic Markers of Bacteraemia in Stevens- Johnson Syndrome and Toxic Epidermal Necrolysis: A Cohort Study of 176 Patients. J Am Acad Dermatol 2019. doi:10.1016/j. jaad.2019.05.096. 
  9. Lecadet A, Woerther PL, Hua C, Colin A, Gomart C, Decousser JW, et al. Incidence of bloodstream infections and predictive value of qualitative and quantitative skin cultures of patients with overlap syndrome or toxic epidermal necro- lysis: a retrospective observational cohort study of 98 cases. J Am Acad Dermatol 2019. doi:10.1016/j.jaad.2019.03.030. 
  10. Bettuzzi T, Penso L, de Prost N, Hemery F, Hua C, Colin A, et al. Trends in mortality rates for Stevens‐Johnson syndrome (SJS) and toxic epidermal necrolysis (TEN): experience of a single center in France between 1997 and 2017. Br J Dermatol 2019. doi:10.1111/bjd.18360. 
  11. Traikia C, Hua C, Le Cleach L, de Prost N, Hemery F, Chosidow O, et al. Individual and hospital-level factors associated with epidermal necrolysis mortality: a Nationwide Multi‐Level Study, France, 2012‐2016. Br J Dermatol 2019. doi:10.1111/ bjd.18294. 
  12. Cassius C, Davis CJ, Bravard P, Carre-Gislard D, Modiano P, Lebrun-Vignes B, et al. Lookalike and soundalike drugs: a potential cause of cutaneous adverse reactions to drugs. Br J Dermatol 2019. doi:10.1111/bjd.17842. 


    Retrouvez en ligne le supplément « Quoi de neuf en 2019 ? » des Annales de Dermatologie et de Vénérologie : https://quoideneufen2019.elsevierresource.com
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