Controverse sur les traitements anti-poux

D’après un entretien avec le Pr Olivier Chosidow, Créteil - le jeudi 05 décembre 2019

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Associée à tort à une image de précarité et d’hygiène douteuse, la pédiculose du cuir chevelu est fréquente chez l’enfant en âge scolaire et peut affecter petits et grands de tous milieux.

Son caractère récidivant, la possible surinfection et le prurit parfois majeur, l’impact psycho-social, et finalement l’absence de prise en compte sérieuse par les autorités de santé et le corps médical de cette parasitose cutanée ainsi que la facilité d’accès aux « traitements » ont favorisé ces dernières années le développement d’un marché commercial important. Une multitude de produits, disponibles en pharmacie ou non, sont ainsi mis à disposition du grand public sans pour autant avoir tous fait l’objet d’une évaluation thérapeutique sérieuse. 

Misant sur le dégoût des familles pour ces parasites et leur désappointement à les éliminer, les entreprises fabriquant des produits anti-poux et des centres privés dédiés au traitement des poux et des lentes fleurissent un peu partout. Elles rendent la lecture complexe et le choix difficile parmi toutes les stratégies pharmacologiques et non pharmacologiques proposées.

  • Le « Bug busting » ou élentage répété après mise en place d’un démêlant est une approche non médicamenteuse efficace, considérée comme la technique de référence en Angleterre, sous réserve d’une observance parfaite, la répétition quotidienne pendant plusieurs jours étant la seule garantie d’efficacité de la méthode. 
  • Considérées comme écologiques, les huiles essentielles et la diméthicone, dispositif médical et non médicament, ont une efficacité mal démontrée, souvent inférieure dans des essais contrôlés randomisés à celle des insecticides. Leurs risques restent mal évalués. 
  • Les insecticides bien que considérés comme des médicaments, titulaires donc d’une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché), ne sont pas remboursés par la Sécurité Sociale dans cette indication. Le malathion a été retiré du marché il y a un an suite à une demande de restriction d’indications par l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé). Les pyrèthres restent disponibles mais sont associés à de possibles résistances.
  • L’ivermectine per os a montré, dans une étude contrôlée randomisée publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM), une efficacité supérieure au malathion en lotion mais n’a pas d’AMM dans cette indication. Son utilisation devrait rester exceptionnelle, dans des cas de résistance avérée, sur prescription médicale uniquement. Utilisée localement, l’ivermectine n’a pas fait la preuve de son efficacité et pourrait favoriser la résistance à long terme si on en croit un éditorial du NEJM . 

Une revue systématique des traitements anti-poux est en voie de finalisation et devrait éclairer la décision des patients en permettant de hiérarchiser les choix thérapeutiques, dans l’attente d’éventuelles futures recommandations.

Voir aussi le communiqué de presse de la Société française de dermatologie : https://www.sfdermato.org/media/pdf/communique-presse/sfd-cp-pediculosvf-f83a93cd0c638309eda86525984c1518.pdf

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